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Semaine d’Information sur la Santé Mentale
19 mars 1997
Mairie du 5e
Arrondissement de Paris
PRENDRE (en) SOIN
(Jean-Pierre GARINO, Infirmier de Santé
Mentale, Association ERASME)
La Promotion de la Santé Mentale ?
Bonjour. Je
suis infirmier psychiatrique. Le travail de l’infirmier en Santé Mentale (c’est
la nouvelle appellation) est des plus diversifié : gestion de la crise
jusqu'à l’apaisement, en milieu hospitalier généralement, suivi du patient
(plus ou moins régulier) au dispensaire (consultations, prise de médicaments,
activités thérapeutiques, accueil), resocialisations à l’aide d’accompagnements
spécifiques, visites à domicile, rechute du malade demandant une prise en
charge plus serrée, un ajustement médicamenteux ou une ré-hospitalisation, et
l’on recommence...
Auparavant,
un bon infirmier en Psychiatrie était celui qui savait bien ceinturer un malade
(il ne faisait pas que ça, bien sûr), mais aujourd’hui, au contraire, ce sera
celui qui pourra discuter avec un malade délirant et agité et le ramener
« à la raison » sans manifester la moindre violence [1].
Ce qui implique une connaissance et un savoir-faire peu ordinaire. Les écueils
sont fréquents, les gratifications plus que rares.
Mais je voudrais
plus particulièrement vous faire partager deux sujets de réflexion :
1. Au sujet du prendre en soin, mais à quel
prix, ou la dévalorisation de la Psychiatrie.
2. Au
sujet du prendre soin, de la prévention, de la promotion de la santé mentale.
Comment aller plus loin ?
1. Le travail en
Psychiatrie est dévalorisé alors que nous avons fait et faisons encore un
boulot formidable !
Infirmier
psychiatrique est une profession extraordinaire ! Nous avons appris à
observer, à discerner les signes cliniques d’un dysfonctionnement mental, à
écouter la souffrance psychique cachée derrière des troubles du comportement, à
accueillir et canaliser cette angoisse parfois insupportable que nous renvoient
les patients ; nous savons soigner par l’application et la surveillance
d’un traitement, aider à réapprendre les gestes de la vie quotidienne ou
développer la créativité de nos patients par des activités
thérapeutiques ; nous accompagnons le malade en vue d’un retour dans son
milieu ordinaire, nous l’aidons à vivre différent au milieu des autres, nous
savons rencontrer son entourage si besoin, l’aider à être plus tolérant, à ne
pas avoir peur ; rassurer toujours, etc. Combien de fois avons nous dit à
un patient en passe difficile : "n’hésitez pas à venir nous rencontrer
quand vous voulez, il y aura toujours quelqu’un pour vous
recevoir !". Sinon au CMP, sinon à l’hôpital.
Notre métier
d’infirmier exige de la patience, du courage, des connaissances, surtout en
matière de relation, de communication. L’expérience nous a conduit à cette
écoute indispensable à toute relation humaine, surtout au moment où la solitude
devient problème de société, à accueillir la souffrance psychique ainsi qu’à
aider le patient grâce à des entretiens à visée psychothérapiques qui vont renforcer
les points forts de l’individu souffrant et étayer ses points faibles. Ça
demande une réelle disponibilité et un travail sur soi-même jamais terminé.
C’est là un
métier qui ne s’improvise pas, qui demande plus que de la technique ou de
la simple théorie : de la lucidité, du "feeling", un peu comme un
sixième sens. En effet, prenant sur soi un certain nombre de choses que le
patient n’est alors pas à même de supporter, nous devons le conduire, le
guider, avec respect, pour (re)trouver la force de combattre en lui-même ses
tendances morbides, voire mortifères, et à développer des qualités (le savoir
vivre nécessaire à toute vie sociale) bien souvent ignorées de lui-même.
Personne ne doute de la valeur de cette profession et de ceux qui l’exercent,.
J’adore mon
métier, et pourtant, je rajouterai une parenthèse sur la souffrance psychique
de l’infirmier : n’allons pas attendre une quelconque reconnaissance, un
quelconque merci. Ça fait deux ans maintenant que la profession d’infirmier
psychiatrique n’existe plus. Le conseil de l’Europe à même parlé de nous
renommer "auxiliaires polyvalents !". La politique actuelle ne
veut pas reconnaître ce savoir faire, cette spécificité qui est la nôtre (nous
coûtons cher et nos résultats ne sont pas visibles ou quantifiables), ce qui
entraîne des suppressions de lits, de postes, de budgets qui nous auraient
pourtant aidés dans cette tâche qui est à mon avis la plus ingrate qui soit.
Nous côtoyons chaque jour la folie, l’aberration, et lorsque nous parvenons à
grand peine à stabiliser un grand malade, celui-ci nous dira dans la plupart
des cas qu’il n’a de toutes façons jamais été malade ! Peu importe, nous
travaillons pour la gloire (hic)!
Mais il y
aura le retour de bâton, et celui-ci ne saurait tarder. Certes, les malades
mentaux ne sont plus rejetés derrière les murs de l’hôpital psychiatrique,
c’est un bien mais cela implique une plus grande disponibilité encore des
soignants. Elle est là, la souffrance du soignant, dans cette
non-reconnaissance de sa valeur, de son savoir faire, et non pas dans les
difficultés que nous rencontrons auprès des patients (c’est notre métier !). Je
ferme la parenthèse.
2. Le travail de
prévention de la maladie mentale en est encore au stade du balbutiement.
Je remercie
Jean-Paul d’avoir titré mon intervention "Prendre (en) soin", avec
le "en" entre parenthèses. Cela me permet d’introduire le second
point pour lequel je voulais ici attirer votre attention. La promotion de la
santé mentale : la prévention. Et là, il s’agit de "prendre
soin", d’être attentif, de faire fonctionner son intelligence pour
aider ; et ça, tout le monde peut et devrait le faire ! Chaque
personne connaît, autour de soi, quelqu’un en difficulté, en souffrance
psychique. Mais trop peu de gens encore aujourd’hui connaissent l’existence
d’un centre de soins spécifiques, appelé C.M.P. ou Centre
Médico-Psychologique! Très peu savent que c’est un lieu de consultation,
d’échange, de partage, de conseil, gratuit!
La
"folie" a de tous temps été un sujet tabou. Quel travail ardu que
de "défolitiser" la psychiatrie! Psychiatrie = Folie : c’est
encore trop présent dans les esprits. L’on en revient à la question: d’où
vient la souffrance psychique que l’on ait si peur à l’aborder, et pourquoi a-t-on
encore tant de mal à venir consulter? Trop souvent, nous rencontrons pour
la première fois nos patients a l’occasion d’une crise. Rien ne se passe entre
le moment du premier malaise et l’installation de la maladie proprement dite.
Ce n’est que lorsque la situation sera devenue quasi intolérable (et encore...)
que nous en entendrons parler, (et encore...) par l’intermédiaire d’une voisine
ou d’une tante qui ne sait que faire ou bien d’une assistante sociale de la
Mairie. Il serait bon que cette tante ou voisine intervienne tôt pour faire le
lien. Voilà la réalité de la psychiatrie et dans quelles conditions il nous
faut le plus souvent intervenir (quand nous le pouvons !). C’est à dire
tard, très tard, trop tard. Comment remédier à ce problème sinon par
l’information, si rare et si timide encore. La psychiatrie ne peut rien sans la
participation du corps social dans son ensemble.
Dans les années à venir, aux prochaines Semaine
d’Information sur la Santé Mentale, j’émet le souhait que ce ne soit pas
seulement des professionnels de la santé qui soient ici présent, mais également
un large public, ceux qui ont un grand besoin d’information sur la santé
mentale. J’aimerai qu’il soit fait plus de publicité autour de ce thème et
qu’une grande partie de la population puisse échanger avec des professionnels.
J’aimerai qu’il y ait des spots publicitaires sur la dépression, sur la
souffrance psychique pour les ramener à des maladies ordinaires, et quelques
mots sur les centres de soins psychologiques comme étant de simples
propositions comme tant d’autres (j’exagère peut-être un peu) mais nous sommes
encore bien loin de proposer un Téléthon pour la Maladie Mentale!
J’imagine une conférence qui serait intitulée: "A propos de Santé
Mentale" sous-titrée "Pour tous publics", mais il se peut
que les gens aient autre chose à faire et que ce ne soit qu’un doux
rêve de ma part ! Bref, je ne peux être un professionnel de la santé
mentale sans souhaiter que la masse ait accès à ses soins comme à d’autres
soins spécialisés tels que dentistes, pédiatres, etc.
La recherche en psychiatrie
et l’actualisation de nos connaissances faisant partie de notre travail
quotidien, il fallait que je profite que la parole m’est donnée aujourd’hui
pour faire état de ces problèmes qui, à mon humble avis, sont tous liés à ce
que l’homme à peur de découvrir ce qui se cache derrière :
Lui-même…
[1] Jean FURTOS,
psychiatre, hôpital du Vinatier, Lyon.